EMIR KUSTURICA

Emir Kusturica est né le 24 novembre 1954 à Sarajevo, en République fédérale socialiste de Yougoslavie (actuelle Bosnie-Herzégovine), dans une famille bosniaque « musulmane », mais agnostique et titiste (son père travaillait au ministère de l’Information de Bosnie Herzégovine).

Le jeune Emir se passionnait déjà pour le cinéma : pour gagner son argent de poche, il faisait des petits boulots pour le cinéma de quartier de Sarajevo et pouvait ainsi assister aux projections. Un ami de son père l'invitait également sur le plateau des films officiels qu'il faisait. Mais dans la banlieue de Sarajevo, Emir joue au football, sort, et fréquente d'autres enfants que les parents Kusturica ne voient pas d'un bon œil. Inquiets, ses parents, famille respectable, décident de l'envoyer faire ses études à l'étranger pour le couper de ces fréquentations.

Comme sa tante habitait alors à Prague, Emir y fut envoyé et put ainsi rentrer à l'académie du cinéma de Prague, la FAMU où il réalise deux courts-métrages prometteurs : « Une Partie de la Vérité » et « Automne ». Pendant ces années à Prague, Emir Kusturica va absorber tous les grands classiques du cinéma, qu'ils soient russes, tchèques, français, italiens, ou américains. Ces films marqueront profondément son style tout au long de sa carrière.

En 1978, Emir Kusturica réalise son court-métrage de fin d'études « Guernica », un film douloureux et faussement naïf sur l'antisémitisme vu par un petit garçon. Ce film obtient le Premier Prix du Cinéma Etudiant du Festival international du film de Karlovy Vary.

Avec ce premier trophée dans les mains, il rentre alors à Sarajevo et y obtient un contrat à la télévision. Artiste anticonformiste, il réalise en 1978 le moyen-métrage « Les Jeunes Mariés arrivent » tiré d'un scénario de Ivica Matić au sujet de l'inceste. Fortement influencé par le style d'Andreï Tarkovski, le film dérange par la forme et le fond, tous deux trop audacieux. Le film est interdit de diffusion. Il conserve néanmoins son poste à la télévision et tourne l'année suivante son second film : « Buffet Titanic », tiré d'une nouvelle du prix Nobel de littérature yougoslave Ivo Andrić. Avec ce film, il remporte le premier prix du Festival de la télévision yougoslave.

La même année, il réalise son premier long métrage « Te souviens-tu de Dolly Bell ? » sur la base d'un scénario coécrit par lui-même et le grand poète bosniaque Abdulah Sidran. Le film est semi autobiographique, et raconte la difficulté pour un groupe d'enfants dans le Sarajevo des années 1960 de se confronter au rêve occidental sous la dictature communiste de Tito. Le monde découvre son cinéma grâce à la victoire du Lion d'or de la Première Œuvre à la Mostra de Venise, et le prix de la critique du Festival du Film International de Sao Paulo.

Emir Kusturica travaille alors sur son second film « Papa est en voyage d'affaires », avec le même scénariste Abdulah Sidran dans l'optique de réaliser une trilogie sur sa ville natale. Le troisième volet ne verra pas le jour, mais ce deuxième film, qui témoigne de la douleur des familles séparées par l'arbitrage politique du régime de Tito, remporte la Palme d'Or au Festival de Cannes en 1985. Cette Palme d'or propulse au niveau des plus grands ce jeune réalisateur qui n'a alors que 31 ans. Pour se vider la tête, et évacuer la pression, Emir Kusturica va alors intégrer pendant un an le groupe de musique de ses amis de Zabranjeno Pusenje (No smoking Orchestra) en tant que bassiste. Il fréquente alors la scène musicale yougoslave et se lie d'amitié avec le plus grand chanteur de rock national : Goran Bregovic.

La Palme d'or lui ouvre toutes les portes, et notamment celles des producteurs internationaux. Grâce à l’aide de Milos Forman (réalisateur tchèque et ancien collègue de la FAMU), Columbia s'intéresse à lui et lui propose de co-produire son prochain opus : un fait divers sur les gitans qui va l’amener à travailler avec le journaliste Gordan Mihic pour élaborer l'histoire douloureuse (et en partie authentique) de Perhan dans « Le Temps des Gitans ». À l'issue du tournage, Emir Kusturica est appelé à New York par Milos Forman, pour le remplacer à la Columbia University (ce qu’il fera pendant deux ans). Une fois monté et présenté à Cannes, le film obtiendra le prix de la mise en scène en 1989.

Aux États-Unis, un des élèves de Kusturica, David Atkins lui propose alors un scénario qui deviendra « Arizona Dream ». Il arrête l'enseignement et se consacre alors entièrement à la fabrication de ce film, sur le rêve américain. La conception douloureuse du film fut rendue encore plus difficile par le début du conflit en Yougoslavie, auquel il assiste impuissant à des milliers de kilomètres de distance. Le tournage est arrêté à de nombreuses reprises pour laisser Emir Kusturica faire des allers-retours et aider ses parents qui essuient des exactions des forces bosniaques. Après le pillage de la maison familiale, il fait déménager ses parents au Monténégro. Le film « Arizona Dream » sera tout de même achevé, et obtiendra l'Ours d'argent au Festival de Berlin en 1993.

Extrêmement choqué de la façon dont les médias présentent le conflit et après son impuissance depuis les États-Unis, il décide de revenir et montrer au reste du monde sa propre vision du conflit qui déchire son pays. Son film suivant, « Underground », aborde le difficile thème de la guerre en ex-Yougoslavie, et est sans doute le plus douloureux et le plus puissant de sa carrière à ce jour. Il sera réalisé en partie à Prague pour les tournages en studio et en partie à Belgrade, en pleine guerre, pour les extérieurs. Le film obtiendra une Palme d'Or en 1995, malgré les propos de certains intellectuels français qui l’accusent d'être pro-serbe. Parmi ceux-ci, Alain Finkielkraut écrira le lendemain de l'annonce du palmarès un violent article dans Le Monde, intitulé « l'imposture Kusturica », alors qu'il n'avait même pas vu le film. Emir Kusturica répond, le 26 octobre 1995 par un article intitulé « Mon imposture ».

Cette incompréhension pousse Kusturica à déclarer vouloir arrêter le cinéma, mais il se ravisera et tournera « Chat noir, chat blanc » en 1998, un film aux antipodes du précédent, plein de couleurs, de musique et d'humour. Comme toujours, pour décompresser, il reviendra à la musique et enchaînera une tournée mondiale avec son groupe de musique, rebaptisé le No Smoking Orchestra. De cette tournée, il réalisera le documentaire « Super 8 Stories » en 2001 avec lequel il remporte la Plaque d'argent du meilleur documentaire au Festival international du film de Chicago.

Après de nombreux projets avortés, Emir Kusturica décide de revenir une nouvelle fois sur la guerre avec « La Vie est un Miracle » où il transpose le mythe de Roméo & Juliette dans les Balkans. Ce film lui vaudra le prix de l'Education nationale au Festival de Cannes et le César du meilleur film de l'Union européenne 2005. Pour le tournage, c'est à Mokra Gora dans la montagne Sargan que son équipe s'arrêtera, et il y construira pour l'occasion une voie ferrée et un village traditionnel en bois. Ce village, baptisé Küstendorf et dont il s'est auto-proclamé maire, est érigé en place forte de l'alter mondialisme, du tourisme écologique, et de l'enseignement du cinéma comme il l'explique alors dans de nombreuses interviews.

Le village est ouvert au public depuis septembre 2004. Un séminaire de cinéma pour jeunes étudiants y a eu lieu au cours de l'été 2005. "J'ai perdu ma ville durant la guerre. C'est pourquoi j'ai souhaité bâtir mon village. Il porte un nom allemand : Küstendorf. J'y organiserai des séminaires pour les gens qui veulent apprendre à faire du cinéma, des concerts, de la céramique, de la peinture. C'est la ville où je vais vivre et où certaines personnes pourront venir de temps en temps. Il y aura bien sûr d'autres habitants qui travailleront sur place. Je rêve que cet endroit soit ouvert à la diversité culturelle et s'érige contre la mondialisation." (juillet 2004)

Le village a gagné en octobre 2005 le prix d'architecture européen Philippe Rotthier pour la reconstruction d'une ville.

C'est toujours dans les environs de Küstendorf que, après avoir passé une année à travailler sur un documentaire sur le joueur de football Diego Maradona, qu'Emir Kusturica a entamé en 2006 le tournage de son nouveau film « Promets-moi ». Le premier ayant mis plus de temps que prévu, sa sortie est prévue en 2008, alors que le second est annoncé au festival de Cannes 2007.

Filmographie sélective

  • 2008 « Maradona »
  • 2007 « Promets-moi »
  • 2004 « La Vie est un miracle »
  • 2001 « Super 8 Stories »
  • 1998 « Chat Noir, Chat blanc »
  • 1995 « Underground »
  • 1992 « Arizona Dream »
  • 1989 « Le Temps des Gitans »
  • 1985 « Papa est en voyage d’Affaires »
  • 1981 « Te souviens-tu de Dolly Bell ? »
  • 1979 « Buffet Titanic »
  • 1978 « Les Jeunes Mariés arrivent »-« Guernica »
 
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